Le Chroniqueur

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Lundi 28 avril 2008

 

 

Décidément les concerts apéritifs organisés le dimanche matin par les Amis de l'Orchestre nous comblent de plaisirs musicaux intenses.

 

Ce dimanche (27 avril 2008) un programme exigeant pour violoncelle et piano a été brillamment interprété par Ilia Laporev (violoncelle) et Boyan Vodenicharov (piano) à la Salle de Musique de Chambre.

 

La matinée débuta avec  la "Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur" de Claude Debussy. Cette œuvre, parfois surprenante, qui fait partie des dernières compositions de Debussy a été écrite en quelques jours entre la fin juillet et le début août 1915. Dès 1914, Debussy avait le projet d'écrire un ensemble de six sonates pour divers instruments, en hommage aux musiciens français du 18e siècle. Dans une lettre au chef d'orchestre Bernard Molinari, Debussy expliquait que l'ensemble devait comporter " des combinaisons différentes, la dernière sonate réunissant les sonorités employées dans les autres......". Debussy prône "la fantaisie dans la sensibilité", face aux ennuyeuses machines à développements cycliques et chorals obligés. Sa mort le 25 mars 1918, l'empêche de mener à bien son projet et seuls trois sonates sur les six prévues sont achevées.

 

La sonate pour violoncelle et piano est créée le 4 mars 1916 à Paris.

 

Pierrot de Watteau



Le titre imaginé par le compositeur "Pierrot fâché avec la Lune" est une allusion probable au tableau de Watteau.


.

 En fait tout en l'écrivant, Debussy était hanté par les arlequinades de la commedia dell'arte. Ainsi cette sonate est un mélange d'humour sarcastique et de poésie mélancolique. Le piano cantonné dans son rôle d'accompagnateur (de continuo), laisse la part belle au violoncelle, dont la sonorité évoque celle de la guitare ou de la mandoline. 

 

Boyan Vodenicharov débute le "Prologue" dans le style d'une ouverture à la française, fière et majestueuse. Cependant le piano revient vite à son rôle d'accompagnateur et laisse s'épanouir le violoncelle dans des épanchements solitaires. Ilia Laporev termine ce prologue en ré mineur sur une quinte à vide dans le registre aigu du violoncelle.

 

Dans la "Sérénade" à l'humeur fantasque et capricieuse, le violoncelle, sur un rythme de Habanera fournit pizzicatos, portandos et harmoniques évoquant la mandoline.

 

Le dernier mouvement "Finale-animé", s'enchaîne, volubile et virtuose, évoquant des images d'Espagne et en particulier les "Parfums de la Nuit d'Iberia" ou ces vers de "Mandoline " de Verlaine: "Leurs molles ombres bleues tourbillonnent dans l'extase d'une lune rose et grise et la mandoline jase parmi les frissons de la brise".

 

Comme déjà souligné plus haut, la partie de piano est assez simple avec relativement peu de notes, mais elle est donc d'autant plus difficile et exigeante. Vodenicharov a donné une grande interprétation toujours fidèle aux propos de Debussy au sujet de cette sonate: "Que le pianiste n'oublie jamais, qu'il ne faut pas lutter contre le violoncelle mais l'accompagner".

 

Après la pause la tension monta d'un cran avec la "Sonate op. 38 en mi mineur pour violoncelle et piano" de Johannes Brahms.

 

Le violoncelliste Laporev nous invite en compagnie de son complice Boyan Vodenicharov à savourer cette très belle sonate de Brahms. Une unité spirituelle, une intériorité, un phrasé naturel, des reliefs discrets....voilà la marque d'une entente et d'un équilibre entre deux musiciens. Laporev a une âme brahmsienne, car chez lui le "romanesque", associé au sentiment tragique s'expriment. Une recherche de la fusion, associée à une compréhension irréprochable, marque une interprétation sensuelle. Les entrelacements du piano et du violoncelle sont admirables. Chaque mouvement, empreint de souplesse et de noblesse, suscite notre admiration. Laporev et Vodenicharov, au même diapason, maîtrisent les sonorités, les nuances; ils assimilent également les subtilités pour en extraire, en toute liberté, une douceur, une puissance, une respiration, une fluidité propre à Brahms. Les deux artistes participent à la fois à l'élaboration sonore, à la tension dramatique et à la signature romantique.

 

Nous avons découvert, avec bonheur, deux partenaires sensibles qui ont créé ensemble une interprétation inspirée.

Paul Moes

par Paul Moes communauté : Musique Classique
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